Fraternité de Tibériade Fraternité de Tibériade Fraternité de Tibériade

  • Français
  • Nederlands
  • English (United Kingdom)
  • Deutsch
  • Italian
  • Español
  • Polish
Editorial de frère Bart suite au chapitre général

Le temps des vacances a été pour la communauté très intense tant au niveau humain qu’au niveau spirituel. Je me rappelle la question qu’un petit garçon posait à sa maman à la fin du camp des familles : « Est-ce qu’on pourrait ne pas partir ? » C’était sa manière d’exprimer qu’il avait vécu quelque chose de beau et de fort pendant le camp. Cette question me faisait penser à la réaction de saint Pierre sur le mont Thabor lors de la transfiguration de Jésus. Pierre aussi venait de vivre quelque chose de fort. « Maître, il est bon que nous soyons ici ; dressons trois tentes... » (Lc 9,33).

L’été a été intense, avec des moments de joie et de douleur. Joie qui naît dans le cœur quand on pressent cette humble présence transfigurante de Jésus. Il est important de goûter ces moments simples d’une communion et de joie fraternelle. Ces moments de lumière enchantent le cœur et donnent sens à la vie. Mais il y a eu cet été aussi des moments de douleur quand on apprend que des jeunes mettent fin à leur vie. Ces événements tragiques transpercent comme un glaive le cœur. Ces moments nous manifestent notre pauvreté fondamentale, notre impuissance face à la souffrance indicible qu’un être humain doit parfois porter. La seule chose qu’on peut offrir à ce moment c’est une présence compatissante.

Nous avons pu voir cette capacité de compassion dans le cœur de l’homme quand on a dû rechercher une fille en grande difficulté. Une lettre inquiétante – où elle disait son désir de mort – nous a poussés à alerter la police. C’est impressionnant comme ils ont pris cette alerte au sérieux. Des collègues sont même arrivés après leurs heures pour nous aider dans la recherche. Un policier est venu avec son chien depuis Charleroi et un hélicoptère depuis Bruxelles. Quel déploiement de générosité. Le premier mot de l’inspecteur de police quand il apprenait qu’on avait retrouvé la fille saine et sauve, était : « Ah, c’est magnifique ! ».

Toute cette recherche intense nous dit que le lien ou la relation sont fondamentaux pour vivre. On a besoin les uns des autres pour vivre. N’oublions jamais de dire : « Ah, c’est magnifique ! Tu es magnifique ! ». Nous sommes reliés les uns aux autres, nous sommes aussi reliés à Dieu. à travers cet événement, je ne pouvais pas m’empêcher de penser à la manière dont Dieu lui-même nous recherche. La parabole de la brebis perdue se présentait dans toute sa clarté. Que chacun puisse entendre et accueillir avec confiance et humilité au fond de son cœur de la part de Dieu : « Ah, tu es magnifique ! » ou de manière plus biblique : « Je t’ai dit [...] : Vis ! » (Ez 16,6).

Je saisis de plus en plus la Bible comme un immense appel à la vie, à garder courage malgré la complexité de la vie et à ne rien perdre du temps de vie qui nous est donné. La Bible veut nous éveiller à la vie et à la vraie vie. La Parole de Dieu est une vigoureuse invitation de la Bonté de Dieu à vivre : « Lève-toi, prends ton grabat et marche » (Jn 5,8) ; « Lazare, sors » (Jn 11,43), « Veux-tu guérir ? » (Jn 5,6), « Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts ? » (Lc 24,5). Elle introduit un dynamisme de vie et de vérité dans notre existence pour l’arracher aux enfermements.

Année Source

Fr. François de Taizé écrivait dans la préface d’un livre de frère Marc : « En lisant cette Histoire d’un appel, je me suis senti interpellé par la fraîcheur de l’Évangile. Chacun de nous aspire à la fraîcheur et l’Évangile sait répondre à cette aspiration. Notre culture occidentale actuelle risque de nous dessécher et, si nous voulons transmettre la foi, nous devons aller à la source de cette foi et chercher un contact immédiat avec elle, dans l’émerveillement et l’audace. L’histoire de Tibériade frappe par la fraîcheur. Ce que certains pourraient taxer de naïveté est en réalité dicté par l’Évangile : « Regardez les oiseaux du ciel, observez les lis... », « N’empêchez pas les enfants de s’approcher... ». Une pareille confiance n’a jamais empêché un sens réel de la responsabilité ».

L’année source que nous allons vivre a pour but de cultiver davantage cette fraîcheur qui parfume nos intuitions de base. Redécouvrir avec enthousiasme notre vie à Tibériade, avec son mouvement d’une rive à l’autre. Cela a quelque chose d’inconfortable, mais c’est si beau, ce « va-et-vient » entre la vie missionnaire du moineau souple et léger et la vie toute simple, priante et laborieuse, mais exigeante, du quotidien. Pour pouvoir assumer cette dynamique, il faut prendre également le temps d' intégrer les exigences de notre vie religieuse.

Cette année nous allons donc habiter davantage nos missions fixes : les Enfants de la Moisson, les Semeurs d’Évangile, les Jeunes saint Damien et les Familles prophétiques. On diminuera les autres missions et l’accueil pour se donner le temps d’une solidification intérieure et communautaire. Merci de nous porter dans la prière pour cette aventure avec le Christ.

Trop souvent dans nos activités, nous risquons d’être comme un canal : recevoir-donner. L’année source veut nous transformer en « vasque » : recevoir – recueillir – donner. Il n’y a pas seulement l’amour de Dieu et de l’autre, il y a aussi l’amour juste de soi. L’année source, c’est aussi célébrer notre vie religieuse. Ce n’est pas un repli sur soi dans un petit cocon. C’est un temps pour recueillir et transmettre, une prise de conscience pour savourer ce que nous voulons être et vivre, chacun personnellement et communautairement. Redécouvrir et transmettre ensemble notre charisme qui nous brûle le cœur.

Quelques décisions du chapitre général

Nous avons terminé l’été avec notre chapitre général du 8 au 23 septembre. Nous vous remercions de votre prière pour ce moment de discernement communautaire. Nous nous sommes vraiment sentis portés par votre prière. Un chapitre est toujours un temps fort de la vie en communauté pour chercher ensemble des « chemins d’avenir » pour notre communauté. A travers ce petit mot, on tient aussi à vous tenir au courant de la vie de la communauté et des décisions principales qui ont été prises lors de notre chapitre général.

La fondation du Congo
Le chapitre a décidé de rappeler les frères de la fondation du Congo : frère Benoît, frère Cyrille, frère Joseph, frère Pascal, frère Jerry et frère Roger. C’est une décision douloureuse qui a été difficile à prendre après treize ans de présence de la fraternité au Congo. Il faut situer cette décision dans le contexte global de notre communauté. La solution envisagée pour la transmission du lieu serait de mettre sur pied une équipe de laïcs de Tibériade pour faire vivre la réalité sous une forme ressemblant à ce qui se fait aux Philippines, avec peut-être l'accompagnement d'une communauté sur place.

La communauté de Lituanie
Frère François a demandé de ne pas être renouvelé dans son mandat de serviteur en Lituanie après 15 ans de service. Frère Ivan lui succédera comme serviteur au mois de juillet 2018 pour une durée de six ans. En février 2019, frère Frédéric partira soutenir la communauté en Lituanie.

La communauté des sœurs
Sœur Asta est nommée servante de la communauté des sœurs pour une durée de quatre ans. Pour lui laisser le temps de trouver ses marques, sœur Agnès continue de prendre un temps sabbatique comme c’est de coutume dans les communautés religieuses.

Ces décisions importantes peuvent vous bouleverser ou surprendre, mais sachez que nous nous sentons plus que jamais dans les mains de Dieu. Il nous accompagne dans notre marche communautaire. Ce n’est pas un « esprit de peur », pour utiliser les mots de saint Paul, qui nous a guidés. Nous vivons ces décisions en communauté comme les douleurs d’un enfantement, ce qui veut dire que c’est pour la vie. Dom Gérard, p. Abbé de l’abbaye d’Egmond, qui nous accompagnait durant notre chapitre, nous disait : « Ce ne sont pas des funérailles mais une Pâque ! »
C’est avec confiance que nous voulons continuer notre marche à la suite du Seigneur. « Ah, qu’il est doux pour des frères et sœurs de vivre ensemble et d’être unis ! ». En communauté, comme Marie, nous voudrions chanter notre Magnificat au Seigneur pour lui dire à notre tour : « Tu es magnifique ». C’est ensemble que nous voulons continuer à témoigner de la fraîcheur et de la beauté de l’Évangile. Merci de nous accompagner de votre prière tellement précieuse.

fr. Bart